Visite macabre du sous sol parisien

Au numéro 1 de la place Denfert Rochereau, l'ossuaire de Paris, créé en 1785 et plus connu sous l'appellation de " catacombes ", est un lieu touristique original. Dès le XIX ème siècle, cet ossuaire est déjà ouvert à la visite mais dans des conditions différentes de celles d'aujourd'hui.
 Le récit de la création de l'ossuaire de Denfert-Rochereau fait froid dans le dos. Au XVIII ème siècle, devant un cruel manque de place, il devient urgent de vider le cimetière parisien des Innocents. Avec l'accord du gouvernement et de l'église, il est décidé d'utiliser d'anciennes carrières souterraines. Pour accueillir les deux millions de corps, l'Inspection Générale des Carrières, créée le 4 avril 1777, choisit un endroit situé en dehors de Paris, sur la commune du Petit Montrouge, au lieu dit de la Tombe Issoire. Le transfert commence en 1786. A la tombée de la nuit, les corps et les ossements nettoyés sont entassés puis transportés sur des chariots, du cimetière des Innocents à la carrière choisie. Un va et vient qui durera quinze mois.
Des couloirs interminables. Une ambiance humide et feutrée, des murs qui suintent. Fait de cailloux et de graviers, le sol se dérobe sous les pieds. Une forte odeur d'humidité envahit les narines et les vêtements pendant les 45 minutes que dure la visite. Tout est fait pour que les touristes soient totalement dans l'ambiance. Devenu un véritable monument historique, cet ossuaire est aujourd'hui un lieu de visite particulièrement prisé par les touristes allemands et anglais. Pourquoi ceux là précisement ? Parce que les guides touristiques de ces pays signalent l'ossuaire de Paris comme un lieu de visite à ne pas manquer. Des touristes fascinés par un parcours macabre de 1,7 kilomètres de long pour une surface totale 11 000 mètres carrés, à 20 mètres sous terre : 130 marches pour y descendre et 80 marches pour y remonter. Avant d'accéder à l'exposition des premiers ossements, il faut marcher un quart d'heure dans un dédale sombre et étroit. Sur le plafond de la carrière, un trait noir a été tracé au XIX ème siècle, lors de l'ouverture de l'ossuaire au public, afin que les premiers visiteurs puissent se repérer dans les galeries non éclairées. Aujourd'hui, plus besoin de lever les yeux au ciel pour s'orienter : l'éclairage assure un parcours sans embûches.
" Les gens me demandent sans cesse si travailler dans un tel endroit n'est pas trop difficile mais en fait c'est un emploi comme un autre", remarque, amusé, le gardien posté à l'entrée de la première salle d'ossements. "Les touristes américains semblent choqués de découvrir un tel étalage de crânes et d'os. Halloween et les films violents viennent pourtant de chez eux, je ne comprends pas pourquoi ils se montrent si sensibles,. Il faut dire que dès la porte d'entrée, le ton est donné. Une inscription annonce : " C'est ici l'empire de la mort ".

 6 millions d'individus sur 11 000 mètres carrés
En effet, les salles et les couloirs ornés d'ossements bien alignés se succèdent à l'identique. Une rangée de crânes, une rangée de fémurs et de tibias, une autre rangée de crânes et au dessus de cet empilement symétrique, d'autres os jetés pêle-mêle. Les ossements de deux millions d'individus sont regroupés dans ce sous-sol. A l'étage inférieur, interdit au public, ceux de quatre autres millions de corps sont empilés. Des pancartes indiquent la provenance des corps, des citations rappellent la petitesse de l'être humain face à la toute puissance de la mort : " Ils furent ce que nous sommes, poussière, jouet du vent. Fragiles comme des hommes. Fragiles comme le néant ", écrivait déjà Lamartine en son temps.
" Nous sommes là par simple curiosité, dans le cadre d'une virée touristique à Paris. On vient de Haute-Loire. Voir ces crânes et ces os alignés n'est guère rassurant ! ", précise une jeune femme horrifiée devant cette exposition peu banale. Un photographe professionnel est spécialement venu de l'Oise pour prendre des clichés. " Le jeu d'ombres sur les crânes devrait ressortir", explique-t-il.
En été, l'ossuaire est pris d'assaut par 1000 visiteurs quotidiens. Le reste de l'année, ils sont 300 seulement pour deux heures de visite quotidienne. Une restriction d'horaires d'ouverture destinée à préserver les lieux. En dépit de ces précautions, l'ossuaire devra fermer au début de l'année prochaine. Des émanations de gaz et un mauvais éclairage nécessitent des travaux de rénovation. Avant 1983, une seule visite par mois était autorisé, au flambeau seulement. Depuis, tout est fait pour faciliter la visite du touriste. La mort est toujours aussi fascinante pour le commun des mortels.Emilie Sulpice