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Une oasis dans la ville
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| "Ouvrez
les portes du bien être". Ce n'est pas l'offre d'une
secte, mais du Hammam Pacha à Saint Denis. Créé
depuis 12 ans et réservé aux femmes, il ne cesse
de faire des adeptes. |
Dans la cour d'entrée, les poubelles
sont pleines de cartons ayant contenu des bouteilles d'eau de
Javel. Cela rassure sur l'hygiène des lieux. L'entrée
est de 140 francs et donne accès aux vestiaires où
un peignoir est fourni. Pour répondre au besoin du "comme
là bas, dis", George Nataf, le patron, s'est inspiré
des Orientalistes. La première salle est spacieuse, décorée
d'arcades et de céramiques de Nabeul en Tunisie. Une trentaine
de femmes en peignoir blanc alanguies sur des nattes et des coussins
multicolores y jouent les odalisques. C'est la salle de repos.
Pour se faire masser, il faut se rendre dans la seconde salle.
Son attrait réside dans la piscine d'eau fraîche
où l'on se plonge après avoir transpiré
et s'être soigneusement lavée. C'est aussi un palier
salutaire avant de rentrer dans la grande salle en marbre blanc
où l'humidité est de 60%. C'est le cur du
hammam, salle de tous les soins. On papote en attendant son tour
pour le gommage ou pour un enveloppement à l'argile. Une
employée du hammam couvre de henné le corps d'une
jeune fille à la mine réjouie. "Ca donne un
hâle bronzé", explique-t-elle. Enduite de savon
noir marocain qui favorise la sudation, on est prête pour
le sauna. Là, c'est l'enfer. 100% d'humidité et
une chaleur suffoquante. La vapeur aux senteurs d'eucalyptus
empli la pièce d'un épais brouillard. Il est conseillé
d'y rester 30 minutes pour profiter de ses vertus médicinales
mais il est difficile de tenir plus de 10 minutes.
De retour dans la salle chaude, une cliente se fait gommer le
corps avec un "kis" (gant en toile rêche). Après
tout ce que le corps vient d'endurer, les pores sont dilatés.
Le gommage élimine en profondeur leur encrassement et
les peaux mortes. Si l'image qu'on a de soi en pâti - personne
n'aime voir sortir des gros vermicelles noirs de sa peau - peau
douce garantie ensuite ! "Moi qui me gomme chez moi avec
des exfoliants et plein d'autres produits ", se lamente
la cliente. On se laisse bercer par les sons hypnotiques de l'eau
omniprésente. Les conversations sont étouffées
par l'humidité. Seules les employées sortent les
clientes de leur torpeur chaque fois qu'elles appellent "gommage,
massage ? " pour les clientes qui en ont payé le
prix à l'entrée. |
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Prendre du temps pour soi
Le concept a davantage été étudié
pour une clientèle européenne. On est loin de l'image
du hammam traditionnel où des gamins courraient partout.
Ici, les moins de 14 ans ne sont pas admis, pour la tranquillité
des clientes. Les forfait grande beauté ou marin avec
enveloppement aux algues rappellent ceux des esthéticiennes
ou des thalassothérapies. De 615 francs pour le forfait
le plus simple à 980 francs pour le marin, les prix s'adressent
à une clientèle aisée. Cela n'empêche
pas des maghrébines de fréquenter les lieux. Malika
et Neijma sont du quartier. Elles viennent au hammam entre copines
"pour le plaisir" mais se contentent d'une entrée
simple. Pour les soins ? "On trouve tous les produits nécessaires
dans les épiceries arabes, et moins cher. Pour le gommage,
on se le fait entre nous". Les maghrébines portent
toutes au moins le bas d'un maillot. Explications données
par Neijma : "En Islam, on ne peut pas être nu en
public, même entre femmes".
Jacqueline, 60 ans passés, se promène lentement
d'une salle à l'autre, sans aucune gêne d'exposer
son corps vieilli et dévêtu. "On est entre
femmes et on s'en fout d'être nue. Personne ne vous regarde
vraiment et on se respecte telle qu'on est", dit-elle sans
un gramme de revendication féministe. L'ambiance est bon
enfant et petit à petit, plusieurs femmes retrouvent le
plaisir enfantin de jouer avec l'eau. On se voit à défaut
de se regarder. En public mais pas en représentation.
Il y a les poitrines avantageuses, les tailles mannequins, les
petites, les fessues, les ventrues, les lippues, les plates,
les rachitiques
toutes belles, sans maquillage ni habits
tendances. Elles ont plaisir à s'occuper d'elle-même,
à se réconcilier parfois avec ce corps qu'elles
malmènent à longueur de 35 heures et plus. "Il
ne s'agit pas évidemment d'éliminer les hommes
mais l'absence du masculin, cette espèce de neutralité,
est assez reposante pour les clientes. Je ne saurais pas vraiment
dire pourquoi" remarque Liliane, une employée du
Pacha. On se sent vraiment déconnectée du monde
extérieur. D'ailleurs, personne n'a sa montre. En sortant,
on se sent comme en apesanteur, légère. Un court
instant, on doit se refamiliariser avec l'extérieur.Nour Richard-Guerroudj
Hammam Pacha :
147 rue Gabriel Péri
93 200 Saint Denis
01 48 29 19 66
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