Accordéon, vin et cochonnaille au menu du Moulin à vins

Pour séduire ses clients, le bar restaurant Le moulin à vins met en avant le cliché de la France traditionnelle réputée pour la qualité de sa gastronomie.
 De l'extérieur, l'endroit n'attire pas l'attention. Les vitres en formes de carrés sont opaques, embuée . Impossible de voir ce qu'il se passe à l'intérieur ou de se faire une idée de l'ambiance avant de franchir le pas de la porte. Pas de carte des prix non plus. Pour se décider à entrer, mieux vaut connaître, être curieux ou avoir une bonne dose d'intuition. La devanture en bois rouge bordeaux est conforme au cliché du bistrot français typique du quartier de Montmartre, véhiculé à l'étranger. Dissimulé dans une petite ruelle du XVIII ème arrondissement, quartier populaire et touristique de la capitale, l'enseigne du bar est modeste. Elle ne cherche pas à attirer les touristes égarés dans le quartier du Sacré-Coeur. Les amateurs de vin, eux, la reconnaissent au premier coup d'œil.
En poussant la porte, l'amateur de vin est immédiatement envahit par la forte odeur de cochonnaille, mélangée à celle plus suffocante de tabac. L'atmosphère est enivrante. Les clients se pressent au comptoir pour déguster, mois de novembre oblige, le Beaujolais nouveau. Le patron propose trois qualités de vin : le Philippe Jambon, le Guy Breton dit " le petit Max ", le château Cambon et le Domaine de Vissoux. A l'extérieur, les affiches signalant que " Le Beaujolais nouveau est arrivé " attirent les curieux, impatients de savoir si cette année le vin primeur a un goût de banane, de mûre ou de framboise. Les rumeurs sont unanimes : le millésime 2000 du Beaujolais nouveau se distingue par la maturité du raisin, par la précocité de la récolte. Le patron du bar sait en tirer profit, judicieusement : servie à table, la bouteille est facturée 120 francs. Un jeune homme déjà grisé par le vin picore une assiette de terrine de foie de volaille sur un coin du comptoir. Le patron du bar accompagné de sa femme plaisante avec les clients et veille à ce que les verres ne soient jamais vides.

 Sur des airs de Brel ou de Piaf, l'ambiance est conviviale
L'atmosphère est étouffante. Tous les sens sont en éveil. A l'odeur de gras, à l'étourdissement provoqué par la saveur du vin et des mets s'ajoutent les refrains des classiques français joyeusement repris par un accordéoniste. Les airs de Jacques Brel et Edith Piaf, deux figures emblématiques de la chanson française, ajoutent leur touche de gaieté à l'ambiance chaleureuse du bar. La figure du musicien est rougeaude, lui aussi est mis en joie par le vin. " La vie en rose " est reprise en coeur par les clients du bar. Souvent, les applaudissements fusent à la fin d'un morceau. Le tour de la quête venue, les clients sont généreux. Dans le béret traditionnel de l'accordéoniste, les pièces s'entrechoquent. Pour un repas, il faut compter plus de 150 F par personne. La respect de la tradition culinaire française a un prix.
La salle du restaurant est bondée. Quatre grandes tables de faïence entourées de banquettes et de chaises de bois accueillent chacune une douzaine de personnes. Les clients se retrouvent, ravis, au coude à coude pour déguster les spécialités de la maison : petit salé aux lentilles, jambon persillé de Bourgogne et diverses cochonnailles. Au dessert, crumble et le fondant au chocolat, faits maison.
Sur les murs, les photos abondent. En noir et blanc, celle de Barbara trône, emblématique. Sur le buffet rustique placé dans le seul espace vide de la salle, celles d'anonymes qui se sont retrouvés dans ce bar par le passé. Sans oublier une carte des vignobles de la Vallée du Rhône accrochée sur un coin de mur.
Ici, le vin est l'élément fédérateur. Tous les verres sont remplis de ce breuvage rouge cassis. Commander une bière ou un soda est un péché. La disposition des tables facilite les échanges de camaraderie entre les clients. Au fil de la soirée, les conversations s'échauffent et des plaisanteries fusent entre " voisins " de table. On se fait mutuellement goûter le vin.
Les tables sont chères, les clients se bousculent pour trouver une petite place. Les moins chanceux s'agglutinent au bar pour patienter. La chaleur devient de plus en plus étouffante. Dehors, à 23 heures, certains clients attendent toujours de franchir le seuil de la porte. Un verre de Beaujolais à la main pour patienter et se réchauffer.
Emilie Sulpice